L'invité

VRAIE CAPITAINE FRANÇOISE PUENE

VRAIE CAPITAINE FRANÇOISE PUENE

Du haut de ses 1m 90, elle a une vue imprenable sur ces affaires. La stature imposante, le physique de Françoise PUENE transpire le charisme d’une self made woman qui part la force du courage s’impose dans un milieu macho. Avec près de 30 ans dans le milieu des affaires, mami nyanga comme l’appelle affectueusement son entourage, se remet peu à peu du retrait de la Can au Cameroun. Elle s’est prononcée sur cette actualité brulante et nous a relatée quelques faits saillants sur son parcours.

Comment avez-vous appris la malheureuse nouvelle du retrait de la Can au Cameroun ?

Je l’ai appris comme la plupart des camerounais, un choc pas seulement pour moi seul mais ceux des camerounais, pour moi en particulier j’ai beaucoup investi dans l’organisation de cette Can. Vous vous imaginez après avoir travaillé jours et nuits dans les chantiers, après avoir été en contact permanent avec la commission de la Can, ils sont venus ici, nous avions eu des séances de travail avec eux, nous étions en réunion toutes les semaines avec le gouvernement et que pour nous un beau jour on nous dit qu’il n’y a pas la Can, c’est très douloureux, nous avons reçu cela comme un coup de marteau à la nuque.

Dans la mesure où vous étiez assez impliqués avec votre structure, si on revenait concrètement sur les investissements consentis ?

C’est à peu près 9 milliards de francs, c’est ce que ça nous coute pour construire le nouveau bâtiment qui devrait accueillir la Can, les gens vont se dire la Can ne dure que 1 mois pourquoi autant d’investissement? Mais l’évènement en lui-même ne dure pas 1 mois, il faut dire que qu’on a 2 mois avant la Can, le mois de la compétition et deux mois après la Can, dont c’est une activité qui devait durer 5 mois. Et au-delà de cela c’est une très belle ouverture sur le plan économique et sur le plan touristique. C’est une grosse perte, c’est la raison pour laquelle nous croisons les doigts pour
qu’en 2021 cette Can vienne au Cameroun.

Après autant d’investissements évalués à plus de 9 milliards,
comment une femme d’affaires comme vous, ferra-t-elle
pour surmonter une telle épreuve ? Les relations avec vos
partenaires ?

Avec les banques et tous les partenaires financiers, on attend. Je crois que c’est un peu tôt de tirer des conclusions, ma foi nous croyons que les pouvoir publiques en particulier le président de république qu’il fera un
geste par seulement pour l’hôtel Franco, mais à l’endroit de ces autres agents économiques qui se sont investis pour accueillir la Can.

En dehors de cet épisode un tout petit peu sombre dans vos affaires, il faut noter que vous avez un parcours très atypique et singulier, et si on revenait sur vos débuts en tant que commerçante et infirmière ?

J’ai commencé comme vendeuse de beignets, et puis après infirmière et j’ai ouvert l’un des plus grands bars à Bafoussam, mon parcours est assez riche et long. Vous savez quand vous travaillez les gens ne voient pas, vous savez le succès a beaucoup de parent et l’échec est orphelin, c’est la raison pour laquelle ce jour j’essaie de partager ce parcours là avec des jeunes, des femmes dans des marchés, des assemblées, des associations et tout ceci est dans le concept que j’ai mis sur pied « recette mami nyanga : de 0 à 10, de rien à milliardaire ». Il faut dire qu’aujourd’hui, j’ai comme l’impression que les jeunes et les femmes ont perdu tout espoir, ils n’ont pas de vrais modèles mis en exergue. Quand les gens n’arrivent pas à réussir un concours c’est un drame on a comme l’impression que la famille s’effondre et pourquoi ? Parce que c’est l’enrichissement illicite qui prime par une poignée de fonctionnaires qui sont riches que les hommes d’affaires et c’est ce type de modèle que les jeunes ont dans notre société. L’opinion se dit que ce sont les fonctionnaires qui vont construire le Cameroun ce n’est pas vrai, c’est l’initiative privée, des industriels, des investisseurs.

En quoi consiste ce nouveau concept que vous avez mis sur
pied « recette Mami Nyanga : de 0 à 10, de rien à milliardaire »?

Tout est lié à la formation, l’encadrement, soutien et financement. C’est-à-dire que je vais dans les marchés, je rencontre le régisseur et avec lui on organise des causeries éducatives, le jour en question j’arrive et c’est sur une estrade que cela se passe en compagnie des commerçantes, je l’ai fait dans plusieurs marchés de la ville de Yaoundé et je les gens sont vraiment intéressés. Et en janvier le cap est pris pour la région de l’extrême nord, l’objectif ici est d’amener les femmes à croire qu’elles peuvent réussir d’elle-même. Les gens ont perdu de l’espoir, pour réussir pour ces derniers, il faut des godasses, il faut être connecté à un réseau.

Et si vous nous racontiez cette expérience entre la ligne Douala-Cotonou ? Qu’est-ce qui vous à amener à prendre autant risques ?

A l’époque comme je ne connaissais pas le réseau j’aurai pu me décourag-
er, parce qu’à cette période pour aller à Cotonou il fallait avoir soit le laissé
passer ou un passeport et je n’avais personne qui pouvais m’aider à obte-
nir ses documents, j’étais obligé d’aller comme ça en aventure. Un long trajet qui a commencé en bus chez moi à Bafang pour Bekoko et de là Limbé. A Limbé je prends la chaloupe pour le Nigéria, de là je prends le transport en commun pour la frontière commune entre le Nigéria et le Bénin, et c’est en taxi moto que je suis rendu à porto novo ensuite Cotonou, un trajet que j’ai effectuée de nombreuses fois, avec beaucoup de courage, j’ai détruit la maladie de la peur en moi. L’une des choses qui m’a marquée quand j’allais à Cotonou je dormais à l’hôtel BABO, un bâtiment de deux étages avec deux salles d’eau au fond du couloir et par chambre nous dormions une vingtaine avec des matelas étalés au sol.

Est-ce qu’on peut dire que votre jeunesse très tumultueuse vous a permis de bâtir une personnalité de conquérante, de femme d’affaires imposante et vous lancer dans des investissements colossaux ?

Bien sûr, déjà je suis allez très tôt en mariage à 15 ans dans une chefferie il
y a 34 ans, j’ai beaucoup souffert dans l’enfance et il n’y a rien qui peut vous
enseigner que ces souffrances-là. Ceux qui réussissent dans la vie sont ceux
qui tombent et se relèvent. Ces souffrances ont construit ma personnalité.

Revenons sur l’un de vos investissements, l’hôtel Franco, d’où part le déclic qui vous pousse à investir dans l’hôtellerie ?

Je me décide en fait de me lancer dans l’immobilier sur un plan général, tout part de là. Je n’ai pas seulement l’hôtel au Cameroun, j’ai des hôtels au-delà des frontières, notamment en Angleterre. L’immobilier me passionne,
j’aime construire, je suis toujours en chantier. Tous mes bâtiments sont
conçus par moi, même l’hôtel franco c’est moi qui l’ai construit il y a 16 ans
de cela. Tous ces investissements sont rendus possibles parce que je crois en
moi et je vais au bout des projets avec le soutien des partenaires financiers.

Et depuis lors comment est structuré votre management pour garder le cap, dans un milieu aussi concurrentiel ?

Vous ne pouvez pas être un bon manager si vous n’êtes pas rigoureux,
tout passe par la rigueur, la discipline, la ponctualité. L’Afrique souffre de certains maux comme le manque de rigueur et de ponctualité, on trouve une excuse à tout. Une excuse sur un retard à un rendez-vous, une excuse à son échec.

Et si vous nous parliez des autres investissements dans lesquels vous évoluez ?

Mes investissements sont exclusivement dans le bâtiment, je ne suis pas
de ceux qui saute d’un point à un autre.

Quand vous faites une introspection de la jeune fille que vous étiez et de la grande dame d’affaires que vous êtes, quel sentiment vous habite ?

Je suis resté moi-même, je n’ai pas changé. L’avantage que j’ai, c’est que je
connais plus haut et plus bas.

Est-il toujours évident d’être une femme chef d’entreprise au pays ? Quels sont les freins?

C’est très difficile pour une femme d’émerger au Cameroun, pas seule-
ment dans les affaires même pour les journalistes et cadres d’entreprises,
nous sommes dans une société de macho, une société au masculin. Déjà,
personne ne croit en elle, elle doit faire plus d’effort que l’homme pour obtenir le minimum.

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page